La Paroisse Saint-Philippe de Grande Pointe

En 1851, le recensement a révélé que la municipalité de Dover comptait 1 100 catholiques et environ 250 familles. L'évêque Charbonnel, évêque de Toronto, qui avait juridiction de cette partie de l'Ontario, s'est rendu compte de la grandeur de la paroisse de Saint-Pierre sur la rivière Thames et a divisé la paroisse en séparant la municipalité de Dover Sud, créant la paroisse de Pain Court. La région de Grande Pointe dans la municipalité de Dover Nord faisait partie de la paroisse de Saint-Pierre.

En 1852, le Père Claude Antoine Ternet, curé de la paroisse de Saint-Pierre a fait construire une chapelle à Grande Pointe au coin de la 9e concession et du chemin de Grande Pointe, chapelle dédiée à saint Antoine. Le 16 mai, le diocèse de London a été créé ayant Son Excellence Adolphe Pinsonneault comme premier évêque. En 1858, le nouvel évêque a rattaché la mission de Grande Pointe à la paroisse de Pain Court. La région nord de la municipalité de Dover s'est développée si rapidement qu'en 1882, Mgr Walsh, deuxième évêque de London, autorisa la construction d'une église au coût de 6 000 $ sur un morceau de terre, don de MM. Moïse Martin et Joseph Cheff. Cette nouvelle église était dédiée à saint Philippe, apôtre. Les briques pour cette construction ont été fabriquées sur place et le bois, en partie, a été donné et préparé par les paroissiens. Ce bâtiment a servi pendant 67 ans, jusqu'en 1949, où il a été remplacé par une belle construction érigée sur un autre site, à un mille de distance sur la même 9e concession, au coin du chemin Winterline.

La plupart des premiers venus à Grande Pointe étaient d'origine québécoise, provenant des régions de Saint-Jean d'Iberville, de Saint-Jacques le Mineur et de Saint-Rémi. D'autres sont venus de la région de Sandwich-Détroit qu'ils avaient quittée en faveur du sol fertile de ce coin du monde. Un pionnier pouvait obtenir une région boisée gratuitement de la Couronne pourvu qu'il la défriche. De vastes étendues de terre ont ainsi été défrichées et les marécages asséchés.

La vie sociale des pionniers était très active. Presque tous les soirs, il y avait une danse ou une fête sociale dans un bon nombre de foyers où les joueurs de violon attendaient pour rehausser les soirées. Dans une seule famille, les Saint-Pierre, il y avait dix frères, tous violonistes.

Le premier curé, le Père A. Carrière, n'est resté que deux ans (1886-1887). C'est à cette époque que la frontière séparant Pain Court et Grande Pointe est devenue le chemin public divisant la 6e et la 7e concession de la municipalité de Dover dans le comté de Kent. Le deuxième curé fut le Père Pierre Langlois (1887-1891). Il est intéressant de noter que le troisième curé, le Père Charles Antoine Parent, (1891-1894) devait aussi célébrer la messe à Saint-Pierre et à Grande Pointe à tour de rôle tous les deux dimanches.

Pendant le séjour du Père Joseph Loiselle (1894-1904), deux fils de la paroisse ont été ordonnés à la prêtrise, les Pères Théophile Martin et A. D. Emery. Le Père Rémi Prud'homme et le Père Lucien Landreville furent les 5e et 6e curés de la paroisse de 1904-1908 et de 1908-1918 respectivement. En 1906, il n'y avait que 6 téléphones dans la région. Ce fut aussi l'époque des premières autos et les paroissiens aînés craignaient les charrettes sans chevaux et s'inquiétaient de l'avenir de la jeunesse.

Le Père Joseph Emery (1918-1928) fut le premier curé résident originaire du diocèse de London. Il a travaillé très fort à prélever des fonds en vue de la construction future d'une église neuve sur un morceau de terre de 10 acres acheté de M. Émile Pinsonneault, qui est le site de l'église actuelle. Natif de Tecumseh, le Père Wilfred Roy (1928-1939) était un bon pasteur d'âmes. Durant son séjour, le Père Jean Noël a été envoyé comme vicaire dans la paroisse.

Le Père Pierre Boudreau (1939-1945) fut nommé administrateur de la paroisse par Mgr Kidd lors des années de la Seconde Guerre mondiale. Avec la nomination du Père Oscar Martin (1945-1949), une ère nouvelle débutait. Après 67 ans, l'église construite alors que Grande Pointe était une mission a été démolie le 4 mars 1949. Le Père Martin a été affecté à la paroisse de Stevenson au moment où on jetait les fondations de la nouvelle église.

Lorsque le Père Euclide Chevalier (1949-1955) est arrivé, les tranchées étaient déjà creusées pour la nouvelle église. Il a travaillé côte à côte avec les paroissiens et ceux-ci ont beaucoup apprécié ses qualités d'homme sincère et de travailleur infatigable. La pierre angulaire fut bénie par Mgr Cody le 27 novembre 1949. Durant les années du Père Laurent Paquette (1955-1966), une nouvelle école a été construite. Le Père Roger Bénéteau (1967-1970) s'est chargé d'organiser des activités pour la jeunesse.

Le Père Charles Lanoue (1970-1977) a consacré beaucoup de temps aux jeunes et aux enfants de choeur. Ce bon Père appréciait beaucoup tous ces dîners que le lac St-Clair voisin fournissait par la générosité des chasseurs et des pêcheurs de la région. Le Père Henri Masse (1977) était pêcheur avide et chasseur. À la consternation de tous, il est décédé subitement à l'âge de 50 ans.

Le quinzième curé à desservir la paroisse fut le Père Louis Rivard (1977- 1994). De taille courte, mais grand homme dans tous les domaines, son but était de réunir ses paroissiens comme une famille. Il occupe toujours une place de choix dans le coeur des paroissiens de Grande Pointe. Le Père Thomas De Nguyen-Dang, prêtre vietnamien de très grande foi, a pris la relève de 1994 à 1997.

Depuis le 1er août 1997, signe des temps, la paroisse Saint-Philippe de Grande Pointe fait l'objet de regroupement avec la famille avoisinante de l'Immaculée Conception de Pain Court, sous l'habile tutelle du Père Robert Champagne. Musicien-né, ce dernier a véritablement su redonner vie à la maxime populaire : «Qui chante prie deux fois.»

L'héritage musical des aïeux continue à vivre à Grande Pointe dans une chorale qui est une inspiration pour tous. L'enthousiasme reconnu des paroissiens ne s'est point éteint au cours des ans. Les activités se multiplient et la paroisse continue à s'épanouir dans la foi.

Par Rose-Marie Roy pour la page française du journal du diocèse de London, numéro de Pâques 2001

Renseignements puisés dans le livre du centenaire de la paroisse Saint-Philippe de Grande Pointe. Vifs remerciements à Mmes Jeannette Graham et Diana Blais dont la collaboration fut fort appréciée.

La suite...

Après quelques années, sous la direction du Père Robert Champagne, un seul Conseil pastoral paroissial est formé de laïcs provenant des communautés de Saint-Philippe de Grande Pointe et de l'Immaculée-Conception de Pain Court pour assurer la gestion des deux paroisses. Les membres du nouveau Conseil se réunissent mensuellement afin d'examiner les besoins des deux communautés, de veiller à leur bon fonctionnement et de planifier des activités à leur intention.

En 2005, après huit années consacrées à servir les deux communautés de Grande Pointe et de Pain Court, le Père Champagne est nommé par Mgr Ronald Fabbro vicaire épiscopal pour le doyenné de Kent afin d'y prendre en charge le dossier du regroupement des églises catholiques.

Cette même année, le diocèse de London annonce que l'église Saint-Philippe de Grande Pointe sera parmi les 26 églises du Sud-Ouest dont la fermeture est envisagée. La nouvelle ébranle profondément les paroissiens de Saint-Philippe qui souhaitent à tout prix préserver leur communauté de foi ainsi que leur identité. L'annonce les oblige néanmoins à accepter de dissoudre leur paroisse et à vendre l'église construite par leurs ancêtres.

En 2006, le Père Eugène Roy, dix-septième curé de l'église Saint-Philippe, arrive à Grande Pointe. Il est nommé curé des deux communautés paroissiales et s'occupera du fusionnement des deux communautés de foi. Grand musicien et historien, le Père Eugène guide la communauté de Saint-Philippe dans les étapes rattachées au processus de fermeture de l'église.

Après avoir été pendant plus de 120 ans un lieu d'enseignement religieux et de célébrations liturgiques, l'église Saint-Philippe de Grande Pointe ferme ses portes le dimanche 28 janvier 2007. Mgr Fabbro, évêque du diocèse de London, y célèbre la dernière messe à 14 h. En grand nombre, les paroissiens des communautés de Grande Pointe et de Pain Court ainsi que d'anciens paroissiens et amis participent à cette ultime célébration eucharistique à l'église Saint-Philippe. Cette célébration émouvante a fait revivre chez chacun une multitude de doux souvenirs. Par leurs talents musicaux, les paroissiens ont en outre touché le cœur des fidèles.

Après la célébration liturgique, un souper paroissial est servi à la salle Saint-Philippe, lieu de rassemblement et de fraternisation depuis plusieurs générations pour la population de Grande Pointe. Encore une fois, le 28 janvier 2007, une foule nombreuse a rempli la salle pour se remémorer les belles années vécues par les membres de la communauté de foi.

Que Dieu bénisse les doux souvenirs que nous conservons de la paroisse Saint-Philippe!

Ajout par Janine Griffore et Joanne Griffore

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Saint-Philippe Parish in Grande Pointe

The Census revealed, in 1851, that the municipality of Dover was comprised of 1, 100 Catholics and approximately 250 families.  Bishop Charbonnel of Toronto, who had jurisdiction over the territory at this time, was well aware that the population of the Saint-Pierre Parish on the Thames River, now had to be divided by separating the Dover North and Dover South municipalities.  The Dover South municipality would  form the Pain Court Parish.  The Grande Pointe area was part of the Dover North municipality and would  remain as part of the Saint-Pierre Parish.

In 1852, Father Claude Antoine Ternet, pastor of Saint-Pierre Parish, built a chapel in Grande Pointe on the corner of the 9th concession and the Big Pointe Road.  The chapel was dedicated to Saint-Antoine. On May 16th, 1852 the Diocese of London was created and His Excellency Adolphe Pinsonneault was named the first bishop.  In 1858, the new bishop clustered the mission (chapel) with the Pain Court Parish.  Dover North developed rapidly.  In 1882, due to this rapid development, Monseignor Walsh, second bishop  of the Diocese of London, authorized the construction of a church at a cost of $6,000.00 on a property owned and donated by Moïse Martin and Joseph Cheff.  This new church was dedicated to Saint-Philippe, l’apôtre.  (St. Philippe, the apostle ). The bricks for the construction of the church were made on site and the wood, in part, was donated and handcrafted by the parishoners. This building  served the congregation for 67 years, until 1949, when itwas replaced by another  church erected on a new site, one mile away on the same concession at the corner of the Winter Line Road.

Most of the first pioneers who established themselves in Grande Pointe were from the province of Quebec, more specifically from the areas of Saint-Jean-d’Iberville , Saint-Jacques le Mineur and Saint-Rémi.  Others came from the Sandwich-Detroit region. They established in Grande Pointe  because of the  fertile agricultural land.  Pioneers who cleared a  woodland would receive a free parcel of land from the Crown. Hence, much of the land was cleared and the swamps in the area were filled.

The Dover North pioneers had a very active social life. Every night, there was a dance or a social gathering of some kind in homes where violin players were the central focus of the evening. At that time, all ten brothers in the Saint-Pierre family played the violin.

The first pastor of Saint-Philippe Church, Father A. Carrière, remained only 2 years (1886-1887).  During that time, the boundary separating the parishes of Pain Court and Grande Pointe was established at the 6th and 7th concessions in the municipality of Dover in the county of Kent. 

The second pastor was Father Pierre Langlois (1887-1891).  Interestingly, the third priest, Father Charles Antoine Parent (1891-1894) was asked to celebrate mass at Saint-Pierre Church and Saint-Philippe, l’apôtre Church on alternate Sundays.

During the time of Father Joseph Loiselle (1894-1904), two parishoners from Grande Pointe were ordained to the priesthood, Father Théophile Martin and A.D. Émery. Father Rémi Prud’homme and Father Lucien Landreville were the fifth and sixth priests from 1904 to 1908 and 1908 to 1918 respectively.

In 1906, there were only six telephones in the area.  It was also the era of the first cars. Hence,  the more senior parishoners feared the ‘horseless buggies’ and worried about the future generation because of these changes.

Father Joseph Émery (1918-1928) was the first residential priest native to the Diocese of London. He worked very hard to raise funds for the future construction of a new church situated on a parcel of ten acres bought from Mr. Émile Pinsonneault, where the last church stood.  Native to Tecumseh, Father Wilfred Roy (1928-1939) was a good shepherd of souls.  During his stay, Father Jean Noël was sent as his assistant.

During the Second World War,  Father Pierre Boudreau (1939-1945) was appointed as parish administrator by Bishop Kidd.  With the appointment of Father Oscar Martin (1945-1949), a new era started.  After 67 years, the church built to serve the ‘mission’ of Grande Pointe was demolished on March 4th 1949.  As the foundation for the new church was being poured, Father Martin was appointed to the parish in Stevenson.

At the arrival of Father Euclide Chevalier (1949-1955), the trenches had been dug for the construction of the new church.  Father worked alongside the parishoners and the parishoners were quick to appreciate this sincere man who worked tiredlessly.  The cornerstone was blessed by Bishop Cody on November 27th, 1949.  During Father Laurent Paquette’s tenure as priest (1955-1966), a new school was built.  Father Roger Bénéteau (1967-1970) organized many activities for the youth of the parish.

Father Charles Lanoue (1970-1977) spent much of his time engaging the young  people of the parish, especially the altar boys. This great pastor enjoyed the many dinners that Lake St. Clair provided  through the generosity of the hunters and fishermen from the area.  Father Henri Masse (1977) was an avid fisherman and hunter.  To everyone’s great dismay, he passed away suddenly at the age of 50.

The  fifteenth pastor to serve the Saint-Philippe Parish was Father Louis Rivard (1977-1994).  Short in stature but a tall man in all other aspects, his objective was to unite all parishoners as a faith-community family.  He has always had a special place in the hearts of the people of Grande Pointe.  Father Thomas DeNguyen-Dang (1994-1997), of Vietnamese descent, was a priest of deep faith. 

A sign of the times, on  August 1st 1997, the parish of Saint-Philippe in Grande Pointe was clustered with the neighbouring parish of Immaculée Conception in Pain Court under the skilful guardianship of Father Robert Champagne. A musician himself, he brought life to the popular maxim ‘Singing is praying twice’.

The musical legacy of our ancestors continued to live on in Grande Pointe through the lovely choir that became an inspiration to all. The enthusiasm of the parishoners continued to flourish through the many activities as the parish continued to grow in faith.

After a few years, under the guidance of Father Robert Champagne, a joint Parish Pastoral Council was formed. This Pastoral Council was comprised of members from both faith communities.  Members met every month to discuss the parishes’ needs, their operations and to plan various activities. 

In 2005, after eight years of serving both faith communities, Bishop Fabbro appointed Father Champagne as the Episcopal Vicar for the Kent Deanery.  He was to lead the reorganization of the Catholic Churches across Chatham-Kent.

That same year, the Diocese of London announced that Saint-Philippe in Grande Pointe was one of the twenty-six churches recommended for closure.  The emotional news shook the parishoners at their very core.  They wanted, at all costs, to maintain their faith community and their identity. Nonetheless, the news would make it such that they would have to dissolve their parish and sell the church that their ancestors had built. 

In July 2006, Father Eugene Roy, the seventeenth and last priest arrived to Grande Pointe.  He was appointed to serve both parish communities and would oversee the twinning of the two faith communities.  An accomplished musician and a great historian, Father Eugene guided the parishoners through the closure process.

After having been, for more than 120 years, a site of religious teaching  and liturgical celebrations, Saint-Philippe Church in Grande Pointe closed its doors on Sunday, January 28th 2007. Bishop Fabbro of London officiated the last mass at 2 :00 p.m. Many past and present parishoners from Grande Pointe and Pain Court, friends and extended family members  participated in this last Eucharistic Celebration at Saint-Philippe Church.  This emotional celebration triggered many fond memories of years gone by.  The inspirational music of the choir touched the hearts of the faithful.

After the liturgical celebration, a parish dinner was served at the Saint-Philippe Parish Hall, a gathering site for the people of Grande Pointe for many generations.  On January 28th 2007, for the last time, a large crowd would gather in the parish hall to recount the glorious years as a faith community.

May God bless our fond memories of Saint-Philippe Parish! 

Translated (2001 French version) and updated August, 2011 by Janine Griffore and Joanne Griffore.